Loi canadienne : Une « bonne » mort pour les patients

Les médecins devraient s’assurer que leurs patients aient une bonne mort. La loi canadienne sur l’aide médicale à mourir, adoptée en 2016, a permis au médecin Ellen Wiebe de connaître l’importance d’avoir le contrôle sur les derniers jours des patients. En exerçant le métier de médecin au cours des quatre décennies, j’ai constaté de nombreux changements, mais celui-ci a été le plus profond pour moi et pour mes patients, a indiqué Pr Wiebe. Certaines personnes ont demandé comment les médecins peuvent cesser de soigner les maladies et prolonger leur vie pour y mettre fin.

Être un bon médecin consiste en grande partie à aider les patients à avoir une bonne mort, mais la seule personne capable d’en définir le sens est la personne mourante. La plupart des gens s’entendent pour dire qu’une bonne mort implique de contrôler des symptômes tels que la douleur et l’anxiété, de se trouver dans un endroit confortable comme un foyer ou un centre de soins palliatifs et d’avoir l’occasion de dire au revoir à leurs proches. Le changement profond causé par la nouvelle loi est que maintenant nous avons le choix de contrôler exactement quand, où et comment nous mourons et qui nous invitons avoir à nos côtés dans ces moments.

Chaque semaine, j’ai des discussions incroyables avec mes patients alors qu’ils décident du moment, du lieu, et des personnes qu’ils souhaiteraient avoir à leurs côtés au moment opportun. Une femme mourant d’une maladie du motoneurone (appelée aussi SLA ou maladie de Lou Gehrig) particulièrement indépendante a choisi de mourir alors qu’elle était encore capable de s’occuper d’elle-même dans son propre appartement et qu’elle n’avait besoin que d’un fauteuil roulant. Un homme mourant de la même maladie a choisi de vivre jusqu’à ce que son petit-fils ait un an. À ce moment-là, il était presque complètement immobile et dépendait d’une machine pour respirer. Il a pu communiquer ses souhaits en utilisant un tableau et un léger mouvement de pied. Son petit-fils et 15 autres personnes étaient présents dans la maison de retraite lorsque j’ai honoré ses souhaits en injectant les médicaments qui ont mis fin à ses jours.

Une femme que j’ai rencontrée à l’hôpital avait un cancer de l’ovaire. Elle venait de passer son troisième cycle de chimiothérapie et se portait très bien. Elle voulait connaître ses options, alors nous avons passé en revue les deux évaluations et tous les documents nécessaires pour un décès assisté. Elle a eu une bonne rémission et se sentait assez bien pour faire une croisière avec sa famille. Quelques mois plus tard, elle m’a appelé pour dire que le quatrième cycle de chimiothérapie avait eu des effets secondaires insupportables et elle a voulu planifier sa mort. Elle est morte paisiblement chez elle en la présence de sa fille.

Un autre de mes patients avait 102 ans. Elle m’a dit avoir eu une très bonne vie jusqu’à l’âge de 100 ans, mais les deux dernières années, elle avait terriblement souffert de la sténose de la colonne vertébrale. Son médecin avait essayé de nombreux traitements mais ils n’étaient pas efficaces aussi bien les uns que les autres. Elle a essayé à deux reprises de se suicider. Comment une vieille femme frêle dans une maison de retraite tente-t-elle de se suicider? Avec une paire de ciseaux. J’ai trouvé sa situation pénible mais aussi révélatrice. Avant que la loi ne change, je pensais que toutes les personnes qui souhaitaient mourir et qui tentaient de se suicider étaient déprimées et avaient besoin d’un traitement pour cette dépression (avec ou sans leur consentement). Cette femme n’était clairement pas déprimée. Elle avait juste « fini » avec la vie. J’étais tellement reconnaissante que je pouvais honorer ses souhaits et mettre fin à ses souffrances à ses conditions. Les trois derniers jours, elle a eu des relations pacifiques avec des membres de la famille de l’extérieur de la ville et ses derniers mots ont été: «Je ne recommande pas à quiconque de vivre aussi longtemps».

Je n’en parle pas qu’à mes patients mais également ceux qui ont le droit de le savoir. Lorsque je dis aux gens qu’ils ont droit à une aide à la mort, la plupart d’entre eux sont soulagés et reconnaissants. Une de mes patientes était à l’hôpital en train de mourir d’un cancer et elle a dit qu’elle se sentait capable de gérer le reste du processus de la mort maintenant qu’elle savait qu’elle pouvait sortir de cet état à tout moment si elle pensait ne plus pouvoir le supporter. Elle est morte naturellement environ un mois plus tard. La mort assistée peut être une police d’assurance contre un mauvais décès et procure un confort aux personnes confrontées à la fin de leur vie.

Et comment est-ce que je me sens lorsque j’assiste à une telle décision dans la vie d’un patient ? Reconnaissante d’être un médecin canadien en 2018, nous sommes en mesure de mettre fin à la souffrance des personnes qui meurent de ces maladies horribles. Nous sommes honorés d’être au milieu des familles à un moment aussi crucial de leur vie, alors qu’ils disent au revoir à leurs proches. Et heureux de savoir que moi aussi j’ai le choix sur ma propre mort. Ellen Wiebe est professeure clinicienne à l’Université de la Colombie-Britannique et a exercé le métier de médecin généraliste à Vancouver pendant plus de 40 ans.

Source: www.economist.com

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